Complainte en rouge et or.
Martine B.
Les jolis mois d’été ont vécu, ne sont plus,
Automne mordoré, tu es mon bienvenu ;
Et je vais, clopinant, ivre de tout mon temps,
Au travers des chemins, des prés et des grands champs.
Puis soudain la forêt brûle mon horizon,
Grandiose et enflammée, elle suit ses pulsions.
Les frondaisons rougies se penchent sur mes pas,
Les lutins champignons écoutent mes tracas.
Les feuilles vont craquant sous le train des chenilles,
L’alouette alarmée lance un ultime trille,
Et l’écureuil prudent entasse noix sous bois.
Je ris et je frémis au souvenir de toi,
Quand nous flânions à deux, tes doigts dedans mes doigts,
En dehors des sentiers sous les ors pacotille.
Pensées d’Automne.
Thérèse L.
La rosée du matin est remplacée par le brouillard,
La ville est voilée, calfeutrée,
Transparence mystérieuse et inquiétante,
Pas un appel, pas une plainte, pas un bruit,
Les lumières brillent plus tôt le soir,
Au lever du jour, le soleil paresse,
Fait demi-tour quelque fois,
Notre Terre n'est plus son premier souci ;
Attendre la fin d'une nuée pour sortir,
Et surtout bien se couvrir,
Chaque frisson est sujet d'inquiétude,
Pour l'insouciance, il n'est plus temps,
Il faut apprendre d'autres habitudes,
Se protéger, dérangeant confinement,
Demain peut-être, il fera beau demain,
Chaque pensée, chaque souffle de vie,
C'est encore l'espoir qui nous tient.
Impressions automnales.
Francine V.
Un jour nouveau paraît dans un épais brouillard
Un blanc linceul s'étend sur un sol dur et froid
Un soleil terne éclaire un ciel blafard
Les arbres humidifiés frissonnent avec émoi
Les nids abandonnés s'éboulent sous la pluie
Les dernières fleurs fanées se meurent en silence
Et les feuilles souillées s'enfouissent sans bruit
Les foins abandonnés dégagent une odeur rance
Les insectes épuisés regagnent leurs abris
Les corbeaux affamés croassent sur les terres
Les cerfs majestueux brament au loin dans la nuit
les vipères mortelles glissent dans leurs tanières
La cascade secrète murmure, mélodieuse
Dans le crépuscule aux beautés flamboyantes
La lune rousse baigne une toile harmonieuse
Dans sa douce lueur passent des ombres errantes
Dans sa cape de laine une silhouette s'égare
Vacillante comme la flamme d'une bougie
Hésitante, elle marche aveugle, au hasard
Alourdie de passion, elle avance, sans bruit
Sur les sentiers feuillus, rodent des cœurs perdus
Au seuil de la nuit, ils sombrent dans l’obscurité
Dans le vent fort, marchent des amants éperdus
Dans un cercle d'or, se fondent leurs corps enfiévrés
Adossée contre un vieux chêne majestueux
Je contemple les splendeurs automnales
Elles m'enivrent de ses arômes précieux
Et s'illuminent sous un flot d'étoiles
Apaisée par une douce brise sucrée
Je m’endors, reposée sous un ciel constellé
Bercée, emportée par les arpèges légers
D'une harpe délicate et enchantée
Automne dans le square.
ChantaL L.
Les cosses du catalpa, comme catapultées,
Crépitent en s’abattant, crissent sur le granit,
Fracas désespéré d’armes jetées à terre.
La pie, qui s’accrochait à la branche, vacille,
Vocifère et proteste dans un envol brusqué,
Puis s’éloigne à pas lents, digne et déconcertée.
Soudain, un souffle vif fourrage dans les feuilles ;
Portées par la bourrasque, elles planent, folâtres,
Voltigent, tourbillonnent dans les vasques de pierre.
Certaines, déjà sèches, dans un bruit de papier,
Raclent le pavé gris, quand elles touchent terre ;
D’autres, discrètement, s’échouent sur les parterres.
Çà et là quelques roses, soucis ou belles-de-jour
Allument des lueurs aux massifs défleuris,
Et les topinambours referment leurs soleils.
Les sauges rouges ou bleues, les gauras si légères
Agitent mollement leurs longues tiges frêles
Pour contrer la raideur des épines-vinettes.
Le grand lilas violet a perdu sa superbe,
Ses branches dénudées dressent lugubrement
Les squelettes des fleurs desséchées par l’été.
Les sapins argentés frissonnent et se délestent
D’aiguilles éperdues, de chatons brunissants
Qui s’écrasent au sol, en un tapis glissant.
Les pigeons, dans les cimes, se tiennent aux aguets,
Semblables à des vigies veillant sur un navire,
Soucieux de faire fuir leurs envieux rivaux.
Les travaux de l’automne vont bientôt s’achever,
Les arbustes, les fleurs, à présent nettoyés,
Affronteront bientôt les frimas et le givre,
Mais le printemps prochain les fera tous revivre,
D’une nouvelle ardeur, d’un élan retrouvé ;
Ainsi vont les saisons, entre larmes et sourires.