Bonjour à vous toutes et tous !
Au printemps les oiseaux chantent. Egosillez-vous…
Bises sonores !
Thème 1
Parler trop saoule,
Parler peu, donne soif…
Thème 2
- Pourquoi me dites-vous tout ça ?
- Parce que la vérité nous aide !
Audit…
Joël H.
Parler trop saoule… Oh que oui ! Surtout ceux qui écoutent !
Il m' arrive régulièrement d'entendre certains de nos philosophes mondains analyser tel ou tel sujet à la mode en relation avec l'actualité.
Je les écoute non pas pour me donner bonne conscience, mais simplement pour me déculpabiliser, essayer de m'instruire, de comprendre ce qui dans une première approche passe largement au-dessus de ma pauvre tête.
Faut-il admettre l'immigration débridée en France ? Où sont les responsables ? Quels sont les solutions ?
Qu'est-ce qu'un transgenre ? Que faut-il en penser ?
Vous comprenez l'importance de ces questions ; les difficultés qu'il y aura à survivre si on ne répond pas de façon philosophique à ce genre de problème.
La femme est-elle l'égale de l'homme ? Cette interrogation est beaucoup plus basique et chacun a une bonne réponse à apporter. Mais quel relief prend tout ceci quand un BHL, un Luc Ferry, un Michel Onfray… et j'en passe des dizaines, vous apporte leur point de vue, vous donne la solution à toutes ces questions existentielles qui probablement vous empêchent de vous endormir le soir : « Je suis un homme, ma nudité en témoigne, mais ai-je eu raison de rester un homme comme l'éducation de mes parents me l'a inculqué ? N'aurais-je pas dû opter pour l'autre genre : rester mâle de corps, mais devenir femme d'esprit, de comportement et peut-être de mœurs ?
Et je bavasse et je bavasse ; et les arguments fallacieux sont développés à l'infini… et moi, pauvre humain, un peu cultivé, mais tellement pragmatique… je suis ivre, parfois de rage, je n'en peux plus, la nausée quasi identique à celle de l'ivrogne m'envahit… Stop ! Ça me saoule et j' éteins la radio ou la télévision.
À l'inverse, parler donne soif : oui encore, soif d'en savoir plus, soif de comprendre, d'étayer le raisonnement, soif que l'interlocuteur aille plus loin dans ses explications ou ses démonstrations.
J'éprouve cette soif du trop peu parler en écoutant Patrick Modiano que j'aime beaucoup lire, ressentant lorsque j'ai terminé un de ces volumes, cette sensation étrange de ne pas retenir ce qu'il a voulu dire… le même doute m'assaille lorsque je l'écoute : il parle bien, utilise un riche vocabulaire, et lorsqu'il en a terminé, je me demande ce qu'il a voulu exprimer.
Idem pour Michel Houellebecq : qu' il est aussi agréable à lire celui-ci… qu'il est par ailleurs pénible à écouter : il en dit peu et ce n'est pas assez. Ma propre analyse m'impose de dire qu'il vaut mieux le lire que l'entendre.
Voici donc au premier degré ce que je pense de cette maxime :
Oui, parler trop saoule… l'auditoire !
Oui, parler peu donne soif… toujours à l'auditoire !!
On m’appelait Joe (1).
Nicole D.
Il est bientôt midi et je me repose sur ma chaise longue dans mon bout de jardin de banlieue. Bientôt Colette va m’appeler pour déjeuner. Mon esprit s’évade vers les années folles que j’ai vécues à Paris. Retraité et fatigué, je ne voyage plus que dans mes souvenirs.
Dieu sait les milliers de kilomètres avalés dans Paris la nuit avec mon taxi. Lorsque Vanessa Paradis sort la chanson « Joe le taxi », les fêtards de la boîte de nuit pour laquelle je travaille me surnomment évidemment Joe le taxi. Il faut dire qu’avec ma carrure d’athlète contenue dans un blouson de cuir, mes cheveux blonds s’échappant d’un large chapeau et mes santiags, on pouvait imaginer que j’étais le chauffeur américain du taxi jaune de la chanson. D’ailleurs, pour me tenir éveillé, je ne dédaignais pas mon petit verre de rhum, avec parfois un joint, et je branchais souvent ma radio à fond sur des airs de rock, de mambo ou de rumba. Mais je ne jouais pas du saxo.
J’aimais conduire mes clients dans la magie de la nuit de Paris où tout prend une autre dimension. J’en ai entendu des confidences et compris des silences. L’éventail déployé pouvait être ou émouvant, drôle ou odieux.
Il y avait les braillards ou braillardes alcoolisés ou shootés qui racontaient n’importe quoi en gueulant et m’empestant de leur haleine chargée, postillons à l’appui. Ils me saoulaient au sens propre et au sens figuré. Mais ils pouvaient être drôles quand ils se dépenaillaient dans ma caisse : c’était un strip-tease gratuit et je ramassais le bonhomme ou la bonne femme et ses affaires pour les conduire à leur porte, et là, parfois, on me demandait d’entrer pour chasser la solitude ou plus pervers, réclamer un service que je m’interdisais. Lorsque je finissais par le ou la connaître, je n’hésitais pas et suivais, et on refaisait le monde. J’en ai connu des appartements magnifiques avec vue splendide sur la Seine ou la Tour Eiffel. C’étaient des paumés qui crevaient de solitude et s’épanchaient au creux de mes oreilles. Il m’est arrivé d’en mettre au lit. J’aurais pu écrire un livre ou une thèse sur les gens perdus.
Si ceux-là étaient extravertis et prévisibles, je préférais les discrets aux regards fixes ou larmoyants, les lèvres tremblantes ou pincées, la respiration haletante. Alors, je ne disais rien mais je les surveillais dans mon rétroviseur, cherchant à deviner leur problème. Si on me demandait une course pour les bords de Seine, ou aller à Roissy ou Orly, j’optais pour un chagrin d’amour. Si c’était pour le casino d’Enghien-les-Bains, je pensais plutôt à un problème d’argent, mais si le dépressif choisissait de rentrer chez lui, je percevais une maladie ou un souci professionnel. Quelquefois certains finissaient par se confier et semblaient ensuite aller mieux en s’extirpant de ma caisse.
J’ai beaucoup d’empathie pour les uns et les autres, qu’ils soient riches, pauvres, beaux ou moches, et ce métier me convenait, aidé par ma carrure qui pouvait impressionner les malfaisants.
« Jean ! C’est prêt, viens déjeuner ! » C’est Colette qui m’appelle. Je me lève doucement, le dos bousillé par les kilomètres sur le macadam de Paname.
Pourquoi raconter tout cela ? (2)
Fernand L.
Instituteur, il fut appelé sous les drapeaux comme adjudant en septembre 1914. Il parlait peu ; c’était un Normand, un « taiseux » ; cependant, lors de sa première permission, deux mois après être parti au front, il sentit un vrai besoin d’écrire longuement à ses parents tout ce qu’il avait vécu en aussi peu de temps.
Suis-je bien éveillé ? Est-ce bien moi qui me trouve ici ? Cet affreux cauchemar prendra t-il fin? Je me pose cette question dix fois par jour. J’ai vécu des heures si longues si pénibles si affreuses, que retrouver Anne, ma tendre épouse, ces moments de paix, ces heures délicieusement douces, semblent un rêve.
Ah ! cher Papa, chère Maman, si vous pouviez vivre seulement deux heures de cette vie de soldat au front, vous comprendriez encore mieux que par ma description quelle horrible chose est cette guerre.
Faire des marches de 30, 40, 50 km par jour, avoir le ventre vide pendant des heures et ne toucher comme pain qu’une affreuse boule moisie ressemblant à du Roquefort, coucher à la belle étoile dans un champ de vignes, près d’un ruisseau, sous un pommier ou dans le caniveau d’une route, rester des heures trempé jusqu’aux os, par une pluie torrentielle et douze heures après être encore tout humide, ce sont des faits peu réconfortants, mais on peut les oublier ; la fatigue disparaît après deux heures de repos; une croûte et du singe, on ne pense plus à la faim ; la nuit à la belle étoile a son charme, on se sèche de la pluie. Tout cela s’efface malgré les difficultés vécues au quotidien.
Ce qui ne s’efface pas, par contre, ce qui reste gravé dans ma mémoire comme un spectacle horrible, c’est la guerre elle-même, c’est la bataille. Oh non, cela ne s’oublie pas, dussé-je vivre cent ans, j’aurai toujours ces spectacles devant mes yeux.
Nous faisons une halte après une marche de quelques kilomètres, après s’être éveillés dans un coin de champ et avoir entendu le canon tonner au loin sans interruption. Les officiers vont au rapport. Notre capitaine revient au bout d’une heure ; l’homme est grave, quelque peu agité ; ses paroles sont saccadées ; il y a en lui comme en nous, l’inconnu, l’effroi de ce qui va se passer ; nous sommes haletants. Il dit : « Compagnie, formez le cercle. Mes amis, l’heure est grave, nous allons entrer en contact avec un adversaire terrible, bien discipliné, bien armé et bien caché ; nous devrons être le pivot de la bataille, résister sur place jusqu’à la mort. C’est de nous que dépend le succès de cette longue bataille qui s’étend entre l’Aisne et la Marne ; si le pivot recule, tout recule. Les grands chefs et moi attendons de vous le plus complet dévouement, la résistance jusqu’à la mort. Nous allons filer vers ces bois, au nord-est, sur ce plateau de Cordonne. Vous allez vous installer dans des tranchées que vous creuserez aux endroits indiqués. Vous y resterez 3, 4 ou 5 jours peut-être, et là, par vos feux bien dirigés, par votre vigilance, par votre résistance, vous assurerez la victoire. Formation de combat, en avant marche ! »
Quelles minutes affreuses, quels instants terribles ! L’ennemi nous a repérés alors que nous étions à peine arrivés sur nos emplacements. C’est alors une grêle d’obus, sifflant, soufflant, éclatant avec un bruit de tonnerre. Comme des malheureux nous nous faisons tout petits, tout en continuant de creuser le sol sablonneux qui servira d’abri. Pas un mot ne sort de toutes ces gorges sèches ; les dos se courbent, la sueur coule à flots sur les fronts, mais d’un bout à l’autre de ma section, c’est le silence, et pourtant il y a 51 hommes. Et puis survient un râle, un cri affreux, puis de nouveau le silence ; un homme est coupé en deux, un autre a la tête emportée. Puis, encore d’autres plaintes, c’est un bras cassé, une épaule traversée, un pied broyé. Alors péniblement nous fuyons le champ de carnage, chacun rampe sur la terre, tel un reptile, pour gagner la lisière du bois à 400 mètres. Parfois un autre obus nous cloue sur place, et nous poussons un long soupir de soulagement en atteignant les premières branches ; là est le salut, mais ce n’est qu’une douce illusion… Une heure s’est écoulée ; la tranchée est finie, nous sommes invisibles, quel soulagement ! Mais il faut une couverture à la tranchée. Je désigne quelques hommes qui partent au bois faire des claies solides qui nous abriteront, certes assez mal contre la pluie et contre les éclats d’obus.
Nous restons là serrés comme des lapins, tandis qu’autour de nous, au-dessus de nous gronde l’orage des obus. Quels instants horribles où l’on entend l’obus arriver, où l’on se fait tout petit, bien au fond de la tranchée, où l’on se dit : « C’est celui-là ! », où l’on entend l’effrayant craquement à quelques mètres au dessus de nos têtes. Une pluie d’éclats nous couvre : « Tiens, je n’en ai pas reçu, quelle veine ! » Et l’on respire, pour redevenir haletants dans quelques secondes.
Vers le soir la canonnade redouble de rage. Puis le silence revient, quelle bénédiction ! La nuit a répandu son voile noir sur cet horrible spectacle ; c’est un long silence dans ces immenses plaines, où pourtant, respirent des hommes par centaines de mille. Nous serons tranquilles pendant quelques heures. Seul un canon envoie un obus de temps en temps, pour montrer que d’un côté comme de l’autre on est vigilants… C’est la veillée d’armes.
« Qu’est-ce qu’on a à bouffer ? », « Moi j’ai un biscuit », « Moi un petit morceau de chocolat », « Moi une boîte de singe », « Moi des épis de blé », « Moi rien du tout ». Et les « rien du tout » sont au moins quarante. « Alors mes vieux, dis-je, c’est la ceinture ; le mieux est de roupiller. Qui dort dîne ! » Et, sur cette réflexion faite par l’adjudant que vous connaissez, toute la tranchée rit et s’endort ; deux sentinelles veillent.
Voilà, cher Papa et chère Maman, notre première journée de tranchée ; nous en avons passé cinq de semblables, mais les autres se sont corsées. D’abord par la pluie, cette horrible pluie, qui vous pénètre, vous laisse les pieds dans un ruisseau et vous fait claquer des dents pendant des heures. Puis c’est l’attaque de l’ennemi. Enfin il s’est décidé à sortir de terre ; chacun est à son créneau, prêt à choisir son bonhomme. Mais il fait horriblement nuit ; on va donc tirer au hasard. Heureusement, sur notre droite, un formidable incendie s’allume ; c’est un village proche qui brûle. On les voit enfin nos ennemis. La fusillade crépite et nous assourdit ; les balles sifflent aux oreilles, mais personne n’est atteint. Les mitrailleuses à gauche et à droite crachent leurs six cents balles par minute et, quelques instants après, c’est la fuite éperdue des quelques soldats ennemis encore en vie. C’est une immense clameur de joie des nôtres dans les tranchées. Peu à peu le silence se rétablit ; chacun s’endort à la lueur sinistre du village qui brûle. Le lendemain nous savons que l’ennemi s’est enfui vers 17 h. La victoire est complète sur tout le front. Nous sortons des tranchées pour entendre, au rapport, les félicitations du général commandant le corps d’armée et spécialement pour les 70ème et le 41ème compagnies d’infanterie. C’est beau, nous sommes heureux, mais tout cela ne vaut pas la bonne boule de pain et le morceau de bœuf que nous recevons vingt minutes après ; quelle faim ! Une heure après il ne reste plus un morceau de pain ; nous en recevons heureusement le soir une autre ration.
Le lendemain c’est le grand écœurement : la traversée des champs de bataille. Non, voyez-vous, chers parents, la description n’est rien auprès de la vision elle-même. Ces corps coupés, ces têtes arrachées, ces poitrines trouées, ces pauvres visages révulsés par la douleur ou par l’horreur, je vous le dis, c’est affreux. Et pourtant le croiriez-vous, on s’y habitue. Nous avons fait une grande halte au milieu de ce carnage ; j’ai mangé près d’un pauvre pioupiou, qui, la poitrine traversée, tenait encore dans sa main pâle et crispée une poignée d’herbe à demi arrachée du sol. Il avait dû bien souffrir avant de mourir. Et pourtant je mangeais près de lui.
Comprenez vous alors, mes très chers, qu’après de tels spectacles, après une pareille vie, on se figure avoir rêvé un affreux cauchemar, qu’après ces bruits de balles, d’obus, les cris des blessés et des mourants, lorsque je retrouve le calme bienfaisant de mon petit nid, je crois rêver encore. Vous comprendrez que les événements se sont précipités pour moi car j’ai vécu tout cela en moins de deux mois. Avoir parlé, pour la première fois depuis le début de ce cauchemar, a libéré quelque chose en moi et va m’aider à repartir au front, pour de nouveau me plonger dans l’enfer de cette guerre meurtrière.
Pensez à moi comme je pense à vous, mon cher Papa et ma chère Maman. Je vous embrasse tendrement.
Il s’appelait Henri.
Il vécut 30 ans après la fin de la guerre, mais le gaz moutarde eut raison de sa santé.
Il était le grand père de mon épouse.
Un conte bête comme chou (1).
Martine B.
Par une belle matinée d’été au teint de pêche, presque encore fraîche avant que le soleil n’atteigne la fleur de l’âge de son zénith, Dame Libellule, un peu fleur bleue, mais avec un pois chiche dans la tête, faisait le poireau en vol stationnaire au-dessus d’un lit de roses, quand le Prince Caloptéryx arriva, les yeux en amande et la fleur au fusil, pour lui conter fleurette. La belle devint rouge comme une pivoine tout en baissant les mille et une facettes violettes de ses yeux globuleux :
- Belle enfant, parlons peu mais bien, car cela donne soif : près de vous aussi pure qu’un lys, j’ai les nerfs à fleur de peau , un cœur d’artichaut et les jambes en coton ! Effeuillons ensemble la blanche marguerite et veillons au grain de notre descendance…
- Mon cher Prince, je tremble comme une feuille, mais je suis mi-figue mi-raisin en entendant vos contes à l’eau de rose. Votre tirade me saoule, mais ne charriez-vous pas dans les bégonias ? Croyiez-vous avoir gagné le cocotier ? Ne me prenez-vous pas pour une poire ? Vous êtes maigre comme un haricot et fauché comme les blés, mon père a découvert le pot-aux-roses et veut vous montrer de quel bois il se chauffe ! Vous n’aurez pas son oseille ! Les carottes sont cuites. Contentez-vous d’une poignée de cerises et de la prunelle de mes yeux, ou appuyez sur le champignon pour prendre le clef des champs…
- Etes-vous bête à manger du foin ? Moi, la fine fleur du royaume, je vous couvre de fleurs et vous m’envoyez sur les roses ? Vous me jetez aux orties ? C’est le bouquet ! Je suis marron ! J’ai fait tout cela pour des prunes, et, cerise sur le gâteau, moi qui aie mangé mon blé en herbe, vous me tendez une peau de banane et me laissez sur la paille ! Allez donc sucrer les fraises et manger les pissenlits par la racine…
- Voyez comme votre caractère se révèle au ras des pâquerettes ! Hélas, il n’y a point de roses sans épines, et tout prince couvert de lauriers que vous êtes, on vous arrachera comme du chiendent… Adieu ma belle idylle au parfum de rose et de jasmin ! La vie est une dure leçon de choses…